HISTORIQUE DES EXPOS ANNEES 2003/2004 :

 

 

KOCHEISEN + HULLMANN [25 Avril 2004]

C’est en 1867 que Nicolo Paganini, découvre la véritable seconde paire de nombres amicaux, il a alors 16 ans. Alors qu’Euler (1707 –1783) un siècle avant lui en donne une liste de 64 (dont 62 exactes) et que Fermat en 1636 proposait (17296, 18416). Mes recherches succinctes sur Google ne m’ont pas permis d’en savoir plus sur ce jeune italien curieux des nombres, quelque part doit pourtant bien résider l’histoire de sa découverte et quelques lignes sur son existence, mais il est étouffé par son illustre homonyme et contemporain Nicolo Paganini le violoniste.

Les paires de nombres amicaux sont formées de deux nombres dont chacun est la somme des diviseurs  propres de l’autre ; la première paire est (220, 284). Celle de Nicolo Pagnaini est (1184, 1210). 

En 1988 Thomas Kocheisen et Ulrike Hullmann se sont donnés deux protocoles de production : soit, chacun dans son atelier, peint d’après le même modèle sur le même format et donc fait le même tableau, soit ils partagent la toile en deux moitiés que chacun peint. Ce qu’il y a de plus troublant dès le premier regard c’est le style Kocheisen + Hullmann, car il semble impossible de dire qui a fait quoi.

Ulrike et Thomas nous ont proposé un travail sur les nombres amicaux pour habiller la tranche d’une dalle béton qui est visible du patio de l’olivier, cela est resté à l’état de proposition.

Pourtant aujourd’hui en voulant écrire à partir de leur travail, ces nombres amicaux me reviennent d’une manière obsessionnelle à l’esprit, parce qu’avec eux le tableau est donné à voir, comme toujours dans l’instant, mais il est emprunt de mystère, et semble être dans un autre temps, il nous invite à la décomposition comme pour nous convaincre de la véracité de l’intuition d’unité que nous en avons eu au Premier Coup D’œil. A force de regards naît une sensation de décalage entre nous et le tableau , est-ce la facture duale qui en est la cause ?

On cherche tellement l’un et l’autre, tellement finalement à s’identifier à l’un ou à l’autre qu’on fait tout pour échapper aux deux ; par exemple jouer au jeu des différences.

Je vous invite à regarder le travail de Ulrike Kocheisen et Thomass Hullmann comme si vous observiez, inscrits au tableau noir, deux nombres dont on viendrait de vous démontrer qu’ils sont amicaux. Le professeur a effacé à l’éponge humide ses deux décompositions, puis les sommes des diviseurs et a réinscrit de chaque part du tableau 9 437 056 et 9 363 584 (Descartes en 1638).

Jean-Baptiste Gurly

 

 > HISTORIQUE DES EXPOSITIONS ANNEE 2003 :

 
« JAHRESZYKLUS » de Margot Garurti. [25 Avril 2003]
A un an, on tombe tout le temps.
Un petit peu moins à deux ans.
A trois ans la marche est haute !
Mais à quatre ans, on la saute !
A cinq ans, on cabriole.
A six ans la grande école.
Mais à sept ans on perd ses dents ! …
Anne Sylvestre « A sept ans » in « Et vive les fabulettes »

Ensuite, nous commençons à prendre conscience du circuit sur lequel nous évoluons : le «JAHRESZYKLUS»*, une métropole en forme de couronne étroite constituée de douze agglomérations que nous traversons toujours au même rythme. Les premiers tours semblent longs et palpitants, mais au fur et à mesure notre intérêt décroît, pire, certaines villes nous deviennent antipathiques, et la plupart nous laissent indifférents.
Pourtant, quelle joie au début lorsque nous nous apprêtions à entrer dans Janvier, quel bonheur d’entamer un nouveau tour, plus vite plus fort (surtout plus fort car la vitesse est là tout à fait illusoire). Les cheveux au vent, on rit, les bouchons pètent, c’est fini, ça recommence ; c’est fini, ça recommence ; c’est fini, ça recommence ; c’est fini, ça recommence ; c’est fini, ça recommence …
Puis, la griserie s’efface, l’habitude est là qu’on porte comme de vielles pantoufles. Est-ce le début qui est trompeur ou l’habitude qui brouille nos sensations ?
L e «JAHRESZYKLUS» n’est peut-être qu’un leurre, une tromperie, un faux support à la vie. Oui, la vie ne peut-elle prendre que sur le «JAHRESZYKLUS» ?
Je crois, je crois que pas plus le mois que l’heure que la minute, ne nous aident à vivre mieux, au plus près de la vie. Le temps réel ne colle qu’à la réalité du monde, il est tout à fait étranger et à l’art et à l’amour.

Jean-Baptiste Gurly [* JAHRESZYKLUS : Cycle de l’année]

 

 

 

 
" Signes singuliers" de Mathilde Papapietro. [25 juillet 2003]
Les minables parlent.
Brins d’herbe couillons ayant poussé gratuitement souvent là où il ne fallait pas, (au pied d’un feu rouge, devant le monument aux morts, derrière l’abribus, je ne sais où encore), nous étions plein d’insouciance, un peu gnangnan, fleurissant pauvrement parfois, nous ne voulions rien, nous ne savions même pas que vous, humains, nous inviteriez à exprimer nos souhaits, à « écrire notre journal », nous voici aujourd’hui magnifiés.
Mathilde nous a vus, regardés, coupés elle nous a pliés, dépliés, repliés, lancés, élancés, relancés, jusqu’à ce que nous formions chacun un signe, comme le mouvement de l’archet pendant deux mesures jouées legato. Passés entre ses doigts nous sommes devenus des morceaux choisis. Après quoi elle nous a peaufinés : scannés, puis agrandis, et édités !
Nous avons tous une drôle d’allure que vous devriez essayer d’adopter juste un temps quand personne ne vous regarde, peut-être pas à l’exposition mais lors d’une ballade solitaire. Arrêtez vous devant l’un d’entre nous, observez le bien, et mimez le. Le soir, si vous devez jouer au jeu du portrait, retrouvez vos gestes jusqu’à ce qu’un des enfants participant crie :
-Oui, ça y est ! J’ai trouvé, c’est l’espèce de brin d’herbe qui pousse à côté du banc devant la pharmacie Plombel.
-Gagné !


Jean-Baptiste Gurly