Moi, le voyant, je passe dans ce monde où je vois, facilement.
Bizarre, écrire est bizarre, se servir de mots, des groupes de signes , les agencer en suivant des règles que l’on pense immuables et qui pourtant n’ont cessé d’évoluer, se laisser porter par le cours de l’histoire à laquelle il faut croire, tout ça pour dire…
Mon mot « califourchon » est bien joli aujourd’hui. Mais quoi, c’est pas un leurre ?
La respiration, transpiration, aspiration, expiration, et l’étymologie avec son i et son i grec, me grisent, m’égarent.
Le i grec est vu de dos, c’était l’hiver, il avait revêtu sa lourde gabardine noire, on ne le voyait pas très bien, de toute façon, il partait.
Sur les photos d’Anna Epp, de la série « passagers du Silence », figure toujours un personnage. Un homme, une jeune femme, ils s’éloignent en empruntant le chemin des lignes de fuite. Et nous voici accrochés à leurs basques :
- Pitié ne me laisse pas ! reste ! Sans toi, ici tout serait vide de sens !
I grec s’efface, c’est la nuit, la nuit noire, il n’y a plus rien, moi même j’ai disparu.
Comme on fait dans les films : Pfffhhout…
Transporté là où l’homme a gratté : sur les photos de Richard Petit.
Voici la montagne jeune et haute, les Pyrénées !
Sous la ligne Haute tension, les arbres ont été coupés et les pylônes, qui se sont frayés un large chemin sur la colline, vont. Ailleurs le viaduc majestueux s’élance sur un rond point d’où la route repartira vers la gauche et vers la droite. Ici c’est le silence, les ouvrages campent, l’absence est immense, pas un souffle pas une respiration.
- I grec où es-tu ? je hurle
Jean-Baptiste Gurly
Exposition du 6 octobre au 10 décembre 2006.